Il nous reste 11 ans, pour drastiquement réduire nos émissions de gaz à effet de serre pour espérer éviter la grosse catastrophe. Soit 2 ou 3 séries électorales, soit le temps pour un enfant en maternelle pour passer son bac, pour moi d’être proche de la retraite, pour la moitié des emprunts immobiliers d’arriver à terme. Ce n’est donc pas l’histoire des générations futures, c’est notre histoire, nous qui pensons être aux manettes de la vie économique.

Il faut avoir peur de ne pas y arriver, avoir peur de ces effondrements étrangement rationnels, pour jeter toutes nos forces notamment créatives de ce grand changement de l’histoire de l’humanité.

L’entrepreneuse ou la dirigeante qui se souvient pourquoi elle est dirigeante est souvent, voire par essence, une personne créative, donc capable du changement, voire stimulée pour le changement.

Les outils pour diriger une entreprise sont très documentés et il n’est pas toujours facile de s’y retrouver rapidement. Pourtant si vous dirigeantes vous retrouviez sur une ile déserte, quels seraient les 3 méthodes que vous emporteriez pour quitter cette ile déserte ? Moi j’emporterais d’abord ma raison d’être, découverte à 47 ans, en lisant scrupuleusement les livres (ou TEDx) de Simon Sinek sur le « Why ». J’emmènerais également mes études de sciences notamment biologiques qui me permettent d’observer la réalité avec des sens rationnels car les lois de la physique ne dépendent pas de nous humains. Enfin, j’emmènerais une méthode d’organisation du travail libérée afin de créer une équipe de travail autonome, libre et résiliente (capable à la survie voire au développement sur le long terme).

Si vous ne savez pas pourquoi vous faites bien les choses, si vous ignorez votre raison d’être, ce n’est pas bien grave. Après tout, vous ne le savez pas depuis de nombreuses années comme probablement la plupart de vos copines dirigeantes ou collègues. Vous savez ce que vous faites bien, vous connaissez votre style, votre touche, votre marque de fabrique et puis on dit souvent que nous sommes ce que nous faisons. Mais quand le contexte change, et il change, que faire ? Comment évoluer pour survivre ? Quelle voie choisir, quelle petite voix écouter si on ne se connait pas soi-même ? 

En réalité, on se connait soi-même bien-entendu. Ce qu’on fait trop rarement c’est s’arrêter pour formaliser, écrire sa raison d’être. C’est à où la méthode de Simon Sinek, tellement simple et tellement puissante prend toute sa place. Elle se compose de deux sections : que faites vous quand vous êtes à votre meilleur, dans votre vie quotidienne personnelle probablement depuis que vous vous en souvenez ; et quel a été l’impact de cette contribution sur la vie des autres. Car il semble bien qu’à part les ermites barbus (d’ailleurs y a-t-il des ermites femmes ? Si vous en connaissez, merci de me contacter), nous sommes des animaux sociaux et que nous vivons aussi et surtout des nos interactions avec les autres (voire avec le vivant). Il y a tout une méthode, des livres et des vidéos pour accoucher de cette raison d’être sincère, préexistante mais invisible. Ce n’est surtout pas un baratin pour faire bien en soirée mondaine ou en conseil d’administration. C’est une sorte de coming out. Whaouh. 

Pour moi, il m’a fallu quelques semaines semaines pour en révéler les éléments et émotions puis quelques autres semaines pour l’écrire le moins mal possible. Ce deuxième processus restant jusqu’à ma mort un « work in progress ». Ma raison d’être ? Stimuler (les gens) pour créer des harmonies durables. 

Ça me permet de voir que je ne suis pas une « dirigeante née ». Mon truc c’est de stimuler, d’exciter, d’inspirer, de provoquer. Ce n’est pas de tout faire pour organiser une équipe pour gagner une bataille. Toutes les fois où j’ai ambitionné de diriger, c’était en réalité par défaut de leadership de quelqu’un d’autre. Maintenant je le comprends.

Et vous, c’est quoi votre raison d’être ? Parce que si vous voulez vraiment faire quelque chose d’utile, c’est-à-dire de réparer la planète en commençant par le climat, vous feriez mieux de bien vous connaitre.

La science, la vraie science avec des scientifiques experts de leur métier, plutôt humbles voire taiseux, pointilleux, prudents, n’a pas beaucoup d’état d’âmes. Elle observe, réfléchit, calcule et modélise dans des lois qui restent valables dans un contexte, un champ d’application parfaitement défini… jusqu’à ce qu’un observateur découvre un contre-exemple qui oblige à reprendre le processus et à corriger le modèle. J’ai vu Hubert Reeves lors d’une conférence fondatrice pour moi, raconter qu’il avait passé la moitié de sa vie à calculer et modéliser le big bang et l’autre moitié de sa vie à rechercher une étoile plus vieille que le big bang ce qui aurait démontré que le big bang est inexact et qu’il fallait repenser ses calculs. Peu de politique, de sentiment, d’argent ou de militantisme là-dedans. La planète Terre n’est pas plate finalement même si le bon sens (et la majorité des gens pendant longtemps) le dit.

Et la science nous dit que le climat (et la biodiversité et d’autres sujets environnementaux) se dégrade. La constance de notre climat est l’une des bases de l’existence d’homo sapiens sur cette planète telle que nous la vivons. S’il se modifie trop, au-delà de 2 degrés, le chaos pourrait régner. D’éminentes scientifiques décrivent rationnellement ce chaos potentiel. Il faut à tout prix l’éviter. L’ingénieur du Titanic, la scientifique de la bande a dit que le bateau allait couler, même si sa propriétaire l’a dit insubmersible. Le reste est interprétation humaine, pas forcément rationnelle… humaine. 

Comme il était rationnel d’immédiatement organiser l’évacuation du Titanic, il est rationnel d’immédiatement lutter contre le changement climatique, donc de scientifiquement corriger ses causes : modifier l’activité humaine depuis 2 siècles. Sinon, comme il est rationnel de penser que le bateau coulera (Jack a dit dans le film « au début l’eau est froide, après c’est pire »), il est rationnel de penser effondrement. Il n’est pas rationnel de penser qu’un miracle arrivera, c’est-à-dire que quelque chose d’inconnu aujourd’hui parviendra à nous sauver.

Si vous lisez toujours ces lignes, c’est probablement que votre raison d’être à un lien avec l’intérêt général ou la clairvoyance (Mère Theresa ?) ou le gout du changement (Marie Curie ?) Vous vous dites peut-être : je dois faire quelque chose pour faire ma part et participer au grand changement de notre temps. Vous vous dites peut-être chouette, ça doit changer, ça va changer comment puis-je créer quelque chose d’innovant qui va « dans le bon sens ». Si comme nous, vous travaillez dans un secteur qui doit être très actif pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (le BTP et l’immobilier), cela veut dire beaucoup de transformation dans notre manière de travailler certes, mais aussi beaucoup de chantiers pour celles qui ont réussi à s’adapter. Si vous travaillez dans un secteur qui doit décroitre jusqu’à preuve du contraire (viande, engrais azotés, énergie fossile, déforestation), ce sera plus difficile… donc plus stimulant si votre raison d’être se base sur le défi.

Connaissez vous mieux et voyez si vous avez les tripes pour lutter contre le changement climatique. Si oui, lancez vous joyeusement et en pleine conscience dans la bataille. Si non, de grâce, laissez-nous travailler et restez silencieusement dans votre coin. Si hélas, à l’indifférence, vous ajoutez la honte de lutter contre ce changement obligatoire comme la science nous l’indique clairement, vous serez face à votre conscience, face aux regards de vos enfants et seule la pitié vous viendra en aide face aux Greta adultes de ce monde.

Il nous reste 10 ans pour agir drastiquement et espérer.

Avoir compris et avoir les capacités mentales pour changer sont nécessaires mais pas suffisants. Les communautés d’actrices, nos entreprises, votre entreprise doivent s’organiser. Or nos bonnes vieilles pyramides ne sont pas efficaces dans la complexité du changement. L’armée appelle cela un monde VICA (VUCA in English) pour Volatile Incertain Complexe et Ambigu. Et l’armée ne s’organise plus du tout comme il y a 50 ans avec l’artillerie, la cavalerie l’aviation et une belle carte et un beau plan. Poubelle ! Les plans ne se déroulent plus sans accrocs. Tant pis pour Hannibal Smith.

Désormais, tout fonctionne avec agilité : un objectif ou une vision claire, une culture forte et des liens humains forts et une autonomie totale sur les théâtres d’opération. 

Qu’attendons-nous dans les entreprises pour devenir agiles et alertes ? Nous autres dirigeantes croyons-nous encore en l’illusion du pouvoir ? Si votre raison d’être implique ce pouvoir, tant pis, il faudra attendre que votre maturité évolue. Il n’y a aucun jugement de valeur dans mes propos. En revanche, si votre raison d’être vous permet de changer dans l’expression traditionnelle de votre rôle de dirigeante, d’être une inspiratrice, une coach, une autrice de règles du jeu coécrite, il est temps de vous y mettre. La aussi il existe beaucoup de lectures dont les ouvrages remarquables de Frederic Laloux. 

Pas forcément simple de partager et donner le pouvoir pour plus d’efficacité sur le terrain. Mais c’est toujours moins compliqué que de transformer toutes les activités humaines en bas carbone en 10 ans et infiniment moins compliqué et désagréable que de vivre un effondrement de nos civilisations.

Dirigeante mure et sage : make our planet GRETA again. 

Please.